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Théorie critique, théorie économique, théorie politique du « gratuit ».
Séminaire avec Liliane Schneiter, 23 et 24 novembre 2004
Compte rendu

La recherche
>>>Ossature du séminaire
>>>>Développements et changement de plateau de réflexion

L'Ecole de Francfort
>>>>>>Références bibliographiques
>>>>>>>Lexique/notions nodales - termes nodaux

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La recherche:

Nous inspirons nos méthodes des méthodologies fournies et développées par les théoriciens de l'Ecole de Francfort et suivants, avec le souci de l'actualisation et la prise en compte des profondes ruptures advenues dans l'épistémé de la pensée.

Ce séminaire s'inscrit dans la phase de la recherche fondamentale qui constitue le préliminaire essentiel à l'élaboration du projet curatorial. La recherche fondamentale est dans l'interdisciplinaire.

Cette action de la recherche est articulée sur des problématiques et questions inhérentes à l'objet que nous inspectons : la publication gratuite.

>>>Ossature du séminaire :

1/mise en commun des référents / élection de référents = révision de la base commune (cf. bibliographie + fiches de lecture)

2/méthodologie de la recherche : toute technique de recherche implique, de fait, la longue durée et le fait immédiat. La valeur diagnostique doit être articulée à la valeur pronostic. Les AAA de la recherche : actualisation, articulation, adresse.

3/extraction de postulats / de problématiques et de questions axiomatiques

4/présentation par Liliane Schneiter de l'ouvrage Largesse de Starobinsky *

5/introduction à la Théorie Critique - présentation de l'Ecole de Francfort

 

>>>>Développements et changement de plateau de réflexion :

La superstructure désignée est l' « Autogouvernementalité des groupes et des sociétés » à l'intérieur de laquelle se trouve notre objet : le gratuit. Il faut prendre en compte la tendance légaliste filtrant dans nos sociétés qui vise à aplanir toutes les relations et réduire les échanges.

Le gratuit est un espace de résistance, il est un espace de la guerre -plus que- symbolique à laquelle nous -tous- nous livrons (voir Multitude et Empire de Toni Négri et Michael Hardt **). Nous tenterons de briser le duo : gratuit/payant, pour éviter de questionner le gratuit à l'aune de la marchandisation. Nous penserons partage, pour ne plus penser consommation des savoirs. Si nous pensons partage, nous pensons aussi à l'échange.

Le gratuit doit être placé hors du don. Tel que nous l'avons examiné à partir du texte fameux de Marcel Mauss « Essai sur le don »***, nous avons rencontré plusieurs ruptures épistémologiques, qui rende invalide l'usage de ce mot et impossible la circulation à l'intérieur de cette notion : l'exigence capitalistique l'a absorbé. Le « don » chez Bataille**** est associé à la notion de surplus qui contraste avec la notion de rareté. Le don augmente alors le flux relationnel en même temps qu'il suppose la surenchère et l'augmentation des besoins. Le don devient une   notion concurrentielle et compétitive. Le gratuit n'est pas hors du marché, il est une mutation capitalistique. Plus encore, le don maintient une hiérarchie -sur le mode vertical- des relations : donner / redevoir, dominer / être dominé.

Le don tel que nous l'approchons avec Starobinsky dans Largesse est asymétrique. Il crée une relation de subordination. Le don ne répare pas les asymétries, plus il les renforce.

De plus, le don est sujet à moralisation, et peut-être réduit à un véhicule pour les bons sentiments, les bonnes actions.

Il faut s'extraire de la dialectique « don - obligation » en parlant de mise en commun, mise en commun des biens immatériels, et, plus loin, penser les relations sur le mode horizontal du contrat - énoncé explicitement mais informel-. La relation contractuelle naît entre égaux.

Nous opposons et substituons, donc, le don au contrat, le contrat engage la responsabilité du citoyen.

Nous nous intéresserons à l'économie de l'échange multipolaire de la mise en commun. Nous nous tournons naturellement vers Internet. Internet est, bien entendu, dominé par le marchand, l'e-economy ; mais c'est aussi l'espace du lien, des bases de données d'accès libre, des creatives commons , l'espace où s'initie la démocratie participative.

Si le commun est aussi susceptible de déviance vers le communautarisme, l'exclusion, la ghettoïsation.

Nous retenons qu' « il y a du commun entre nous », et constituons, ce que Giorgio Agamben nomme, « la communauté des singularités quelconques ». Le commun n'est pas centrifuge, il est centripète.

Le bien commun c'est ce qui demeure entre nous, c'est une zone de va et vient que personne ne possède et à laquelle chacun peut accéder. Et cela met en jeu notre conception du travail, la gratuité ouvre une brèche pour repenser les fondements de notre vie quotidienne et les structures auxquelles nous adhérons de fait.

Le contrat c'est le partage des tâches, c'est le travail partagé, c'est aussi la dépense…

Mettre en commun c'est démultiplier les biens. L'économie durable est certainement au prix de cette démultiplication des biens communs. C'est agir et aller vers la coopération, être dans l'interactivité, la jouabilité, et cela induit une transformation -de l'être- par l'expérience. Sur Internet nous ne sommes plus spectateurs, nous sommes utilisateurs, internautes.

Cette économie relationnelle n'aspire pas à fonder un nouveau cycle économique, expulse l'économie financière. Elle crée une zone de travail, en travail.

 

L'Ecole de Francfort:

Nous avons choisi de publier le texte de Liliane Schneiter pour présenter L'Ecole de Francfort:

THÉORIE CRITIQUE / CRITICAL THEORY
PRATIQUES ACTIVISTES / ACTIVIST PRACTICES
Prof. Liliane Schneiter. Octo.-03

>>>>>>Références bibliographiques:

*Largesse de Jean Starobinsky, Paris, éd. Réunion des Musées Nationaux : Jean Starobinsky a disposé des collections du Musée du Louvre pour produire exposition et re-thématiser le fonds en fonction de questions actuelles : le don fastueux - la charité.

**«  Tutte bianche  » in Multitude, War and Democracy at The Age of Empire de Michael Hardt et Toni Negri, , New York, 2004, Penguin Press

version française: Multitude, Guerre et Démocratie à l'Age de l'Empire de Michael Hardt et Toni Negri, Paris, 2004, Editions

de la Découverte

Empire de Michael Hardt et Toni Negri, 2000, Harvard University Press, et pour la version française: Exils

*** Sociologie et anthropologie , Marcel Mauss, 1950/2004, Quadrige/PUF

****in l'article Georges Bataille and the Notion of Gift de David L.R.Kosalka http://www.lemmingland.com/bataille.html

autres données bibliographiques et textes à re-parcourir :

« La société civile », vers une relecture de Hobbes 

notion d'eurocentrisme, ethnocentrisme chez Etienne Balibar

notion de logocentrisme chez Derrida

le chapitre : « progressive skepticism » in Understanding popular culture de John Fiske, London & New-York, Routledge Taylor & Francis Group, 1991

« Oncle Zigzag ne veut plus lire seul » onclezigzag@altern.org

Actuel Marx : http://netx.u-paris10.fr/actuelmarx/indexa.htm

Free Words : http://www.freewords.org

Le kiosque : l ekiosque.net/latour

Wikipedia: http://fr.wikipedia.org/wiki/Accueil

 

>>>>>>>Lexique  / notions nodales - termes nodaux:

échange - partage

économie du don

libre de droit - libre échange - libre arbitre

libéralité - libéral

dépense

propriété - propriété intellectuelle >>><<<copyright (exclusivement commercial)

approprier

banque de donnée

production immatérielle (une stratégie d'alternative au capital)

« les libres enfants du savoir électronique »

subversion

"creatives commons"