Conversation with Frederic Montornés
mercredi 27 octobre 2004

On our final day in Barcelona, we met with Frederic Montornés, a participant in the Ecole's Session 3, who has recently joined the curatorial team at the Santa MòniCA. In this post he will be responsible for producing several curatorial projects each year. He also writes regularly for Suite , a cultural magazine distributed for free around Spain (and with limited availability in Paris)

Il écrit aussi pour Exitexpress (revue mensuelle de chroniques d'expositions à Barcelone) et Exitbook (revue annuelle consacrée aux livres d'art et catalogues d'expositions)

Une retransmission par bribes de notre conversation avec Frederic Montornés, le mercredi 27 octobre 2004

 

... à propos de sa pratique curatoriale.

Frederic s'est déplacé pour nous rencontrer vers 11h dans un café à proximité de notre hôtel à Barcelone et avons échangé quelques propos au sujet de son expérience de participant à l'Ecole du Magasin et, surtout, de ses vues sur son métier de curateur et de critique. Aujourd'hui, il écrit pour « Suite » un magazine gratuit sis en Catalogne (distribué aussi au Palais de Tokyo à Paris - France) et fait partie de l'équipe de curateurs qui programme les expositions au centre d'art de Santa MòniCA à Barcelone.

Il a créé, entre autres, les expositions : Le parc humain une exposition collective, préparée par deux curateurs. Puis, il a monté une exposition rétrospective du photographe Boris Mikhailov , avec lequel il a eu beaucoup de bonheur à travailler.

En tant que curateur d'exposition, il privilégie, aujourd'hui, le travail de l'"enveloppe". L'enveloppe en référence à la "tradition japonaise" de l'emballage, de la présentation d'un objet. Il relève, bien sûr, l'existence de modalités curatoriales autres, ainsi que de nouvelles modalités émergentes ou en vogue.

Peut-être, regardez-vous, Frederic, d'un oeil inquiet la fixation de ces modalités de travail, et la naissance de corporations de curateurs qui se détacheraient de leur objet, lorsque le travail du curateur devrait resté connecté aux pratiques des artistes, axé sur l'art et les oeuvres?

Il a fait l'expérience de travailler comme curateur invité dans une galerie, et dénonce l'incohérence de ce type de projet. Le travail de curateur est étranger aux visées commerciales d'une galerie. Le galeriste doit savoir comment montrer l'artiste qu'il a choisi dans ce lieu spécifique de la galerie.

Il aurait plaisir à devenir l'assesseur d'une collection privée. Il désigne les biennales comme des produits commerciaux qui promeuvent essentiellement le wird & bizarre, les curateurs à ces occasions, et après avoir transité de-ci, delà, par le monde, importent quelques produits exotiques qu'ils lâchent bien souvent aussitôt après l'événement. La biennale serait, la plupart du temps, un fast-food de l'art.

Frederic choisit une autre économie de travail. Il adresse d'abord ses projets à lui-même, fait l'expertise de ses propositions avant de les adresser à d'autres. Il parie sur des temps de travail longs, la maturation des projets. Il témoigne de l'importance qu'il accorde à sa vie privée. A son sens, avoir une vie intime et placer son activité au second plan lui permet de rester éveillé, alerte, et de mieux déterminer ce qui compte pour lui. Il reproche à une tendance en vogue, qui place l'activité artistique et péri-artistique au premier plan et néglige cet espace du privé, d'être la cause de la sécheresse de certains des acteurs du milieu et qui confondent dès lors ces espaces du privé et du travail.

De plus, il témoigne d'un intérêt croissant porté à des artistes venant d'autres disciplines et qui dans leurs propositions s'approchent plus de l'art qu'il attend. Ainsi, il entreprend de travailler avec Marcel Dzama (dessinateur) et Alexander Sokurov (cinéaste).

 

... à propos de sa participation à "Suite", une publication gratuite.

Pour lui la publication gratuite, c'est une communication libre. Elle est certainement pour lui une nouvelle scène critique. Travailler pour les publications gratuites, c'est travailler pour un public très vaste et cela exige un réel investissement, de produire du sens, selon lui, et de toujours justifier de l'intérêt de parler de certains artistes et de l'art contemporain.

En premier lieu il interroge ce que l'artiste, au sujet duquel il écrit un article, a produit en lui. Il questionne bien sûr aussi le passé de l'artiste, d'où il vient, comment il apparaît dans la sphère artistique, mais s'attache surtout à ce qui le distingue à ses yeux. Il tend aussi à relativiser l'usage qui est fait de certains supports tels la vidéo, le DVD, le web, ... comme des supports souvent mal employés et subissant la pression d'une surexploitation de la part des artistes. Il décide de les mettre en quarantaine, tout en restant attentif.

Pour fonder sa critique, il confronte les jeunes artistes aux artistes en place depuis longtemps ou historiques. Ses outils critiques, il les emprunte plus volontiers, aujourd'hui, aux critiques de cinéma ou de "torros", et moins aux critiques de la presse spécialisée en art. Il trouve que les critiques d'art sont plus subordonnées à des raisons extérieures à leurs objets et à des questions journalistiques qu'à des questions de la critique.

Dans le cadre de la publication gratuite, il croise des sujets notablement différents de ceux qui sont abordés dans la presse spécialisée. Il nous a parlé d'une expérience précise qui lui a apporté un nouveau sujet de réflexion : les graphistes d'un magazine voulaient faire un usage inadéquat des reproductions photographiques des misfit de Thomas Grünfeld, à savoir, les traiter comme des photographies recomposées sur Photoshop et non comme des sculptures, cela a éveillé chez lui le désir de produire un article critique sur l'influence des nouveaux médias et capacités technologiques sur le regard de certains spectateurs, les plus jeunes : une génération Photoshop ?

 

... à propos du Centre d'Art Santa MòniCA.

Frederic a été appelé à Santa MoniCA, le centre d'art du Gouvernement de la Catalogne qui a connu une aération de ses locaux et une révision de ces activités sous la direction de Ferran Barenblit, toujours directeur. Au centre, ils travaillent à dessiner une identité locale tout en ayant une activité internationale. Aujourd'hui, Frederic avance ses propositions de programmation autour d'une table ronde rassemblant trois curateurs. Le centre est pour le moment plus orienté du côté de l'incitation aux artistes à produire des pièces pour l'exposition. Par sa participation, Frederic souhaite mettre cette politique de l'exposition en débat. Car lui ne méprise pas la possibilité d'inviter des artistes à présenter des travaux déjà constitués.

 

Biographie de Frederic

Frederic Montornés i Dalmau (Sitges, 1963) is an art critic and a freelance curator based in Barcelona.

As an Art Critic he collaborates in several magazines of cultural diffusion -Exit Book, Exit Express, Suite- and from among the exhibitions he curates from 1990 till it stands out those organized at Espai 13, Fundació Joan Miró (Barcelona 1991-94); "Grone Gnister, Journeys from a common place", at Charlottenburg (Copenhagen 1995); "Lux-Lumen" at Fundació Joan Miró (Barcelona 1997); those organized at la Capella de l'Antic Hospital de la Santa Creu, (Barcelona 1998-2000); "Del espacio y la persona", at Centro de Arte Joven (Madrid 1998), at Instituto Cervantes (Roma, 1999) and at Zé dos Bois (Lisboa,1999); "Parque Humano " . Una exposición de criaturas globales" at Palau de la Virreina (Barcelona, 2002) and at Fundació Sa Nostra (Palma de Mallorca, 2002); "Boris Michailov Photographies 60's - 2003" at Palau de la Virreina (Barcelona, 2004).

Since May 2004 he's associate curator at Centre d'Art Santa Mònica, Barcelona