notre parcours -- janvier 2005

L'objet de travail initialement désigné pour la session 14 est la gratuité et les publications gratuites. Pour amorcer le dialogue entre nous, la question suivante a été posée : "Comment procéderiez-vous pour entreprendre une recherche sur les publications gratuites ?" Trois essais individuels ont été rédigés en réponse à cette question de méthodologie. Parallèlement, lors du séminaire organisé le 21 octobre 2004, nous avons amorcé une réponse collective en présentant -les ordonnant par formats- de nombreux documents gratuits amassés lors de notre premier voyage à Paris et en circulant dans Grenoble. Nous avons conclu que l'acte de collecter pouvait déboucher sur la réalisation de portrait d'individus et lecteurs de signes et d'une cartographie à partir de trajets empruntés dans la ville.

Depuis nous parcourons des champs limitrophes à cette question de la gratuité.

Questionner les publications gratuites fait émerger la notion du don -examinée, entre autres, à partir de l'Essai sur le don de Marcel Mauss- et de la générosité. Parce que le don instaure et maintient des relations binaires et asymétriques (nous nous référons à Jean Starobinsky in Largesse), nous avons bousculé cette notion pour arriver aux notions de mettre en commun et de rendre public. La création d'une base commune nécessite un contrat qui permette d'y accéder. Comme modèle, il y a les "creative commons" qui proposent un moyen alternatif pour faire circuler des biens immatériels gratuitement et repensent la notion de droit d'auteur (http://creativecommons.org). Nous nous intéressons, également, à certains des postulats développés par l'Université Tangente (Bureau d'Etudes), tel : "étudier la gratuité comme mode de gestion des ressources collectives vise l'établissement durable d'une politique potentielle …" (http://utangente.free.fr/anewpages/free.html)

Nous considérons actuellement une forme et une situation possible : le kiosque, comme site susceptible d'être occupé par les artistes et d'ouvrir une zone d'échange sur la place publique. Nils Norman ouvre des kiosques mobiles, parfois stationnés dans la rue ou les parcs, pour informer de propositions utopiques (et irréalisables). (Voir "Utopia Now: The Art of Nils Norman" http://www.artforum.com/index.php?pn=interview&id=2281 et http://www.uks.no/uksforum/arkiv/3499/html/norman.html). Andreas Lang et Kathrin Böhm ont utilisé la forme du kiosque mobile dans les projets Mobile Porch et Park Products pour offrir des services et créer de nouveaux échanges dans les espaces publics. (Voir http://www.mobileporch.net/ et http://www.serpentinegallery.org/special_projects.html). La forme du kiosque se manifeste aussi dans la contre-culture et dans les sphères activistes : "Au niveau de la ville, l'infokiosque est une source d'information et une infrastructure pour les réunions. On y trouve des infos sur les manifestations politiques locales ou nationales, les campagnes et actions en cours. On y trouve d'autre part le matériel produit localement ou envoyé par les autres villes (badges, autocollants, affiches, t-shirts etc.), ainsi que les publications autonomes, écologistes et de gauche des différentes villes…" Infokiosque Chat Noir (http://www.caj.ch/CAJFranz/Infokionsqe/InfoladenF.html)

A partir du concept de mettre en commun, nous avons également relevé la notion de service dans les pratiques de l’art contemporain via les propositions, entre autres, d’Andrea Fraser, voir l'article "How to provide an Artistic Service : An Introduction", http://home.att.net/~artarchives/fraserservices.html. Andrea Fraser développe des modèles de contrat entre artistes et institutions pour produire des services au public.

A ce point de notre recherche nous nous posons plusieurs questions en vue de la formulation de notre projet curatorial. Nos objets et processus de recherche nous ont conduit à inspecter des champs parfois décalés par rapport au champ de l'art (les mouvements Open Source, la gratuité comme autre modèle d'économie, …) et notre projet doit s'inscrire dans ce champ tout en construisant des ponts avec d'autres domaines. Quel type de services offrent les artistes, quelles esthétiques, quelles politiques ? Quels sont ces contrats implicitement présents dans ces échanges ? Entre l'artiste et le public ? Entre artistes et curateurs, institutions ? Et entre nous tous en tant que citoyens ? Nous nous intéressons au kiosque comme un espace d'échanges mutuels et de mise en commun. C'est une forme potentielle pour une exposition, mais quels types de biens et de services voudrons-nous y trouver ? Et comment ce modèle peut-être transposé pour un projet curatorial dont l'art serait le medium/la modalité d'échange ?

Nous creusons en ce moment le sillon ouvert par ces questions contiguës.